"Flatte moi et je t'aimerai"

Publié le par M.

"[...] et j'éprouve que pour gagner les hommes, il n'est point de meilleure voie que de se parer à leurs yeux de leurs inclinations, que de donner dans leurs maximes, encenser leurs défauts, et applaudir à ce qu'ils font. On n'a que faire d'avoir peur de trop charger la complaisance; et la manière dont on les joue a beau être visible, les plus fins toujours sont de grands dupes du côté de la flatterie; et il n'y a rien de si impertinent et de si ridicule qu'on ne fasse avaler lorsqu'on l'assaisonne en louange. La sincérité souffre un peu au métier que je fais; mais quand on a besoin des hommes, il faut bien s'ajuster à eux; et puisqu'on ne saurait les gagner que par là, ce n'est pas la faute de ceux qui flattent, mais de ceux qui veulent être flattés"  Valère, dans L'Avare, I,1 de Molière


Quoi de plus vrai? C'est encore le meilleur moyen de se faire des amis d'apparence. "Flatte moi et je t'aimerai" on dirait que cette phrase régit les rapports sociaux! En effet il peut sembler "normal" de préférer quelqu'un qui nous encense à quelqu'un qui nous montre nos défauts; et peu importe si la première personne ment dans des fins peu honnêtes et si la deuxième est tout simplement franche... Savoir profiter du narcissisme et de l'égocentrisme d'autrui est un art, c'est en flattant qu'on obtient la clé de l'autre, sa sympathie.

Je désespère. Dois-je moi aussi, comme Valère, me lancer dans des propos dithyrambiques et faux dans le but d'acquérir les "faveurs" des gens? Puisqu'après tout "ce n'est pas la faute de ceux qui flattent" ...Ou dois-je continuer à choquer par ma franchise, à me mêler des affaires qui ne me regardent pas, à secouer la personne pour lui faire ouvrir les yeux, pour lui faire comprendre qu'il s'aveugle lui-même ou qu'un tiers profite de sa faiblesse d'homme? Et être seule... Dire ce que je pense en croyant aider la personne et en pensant recevoir un jour de la reconnaissance, mais en réalité la blesser et n'avoir en retour que de la colère et la certitude que cette personne ne prendra pas mon parti le jour où je serai en peine...
Etre entourée de personnes qui ne m'intéressent pas, des personnes superficielles avec qui je rigolerai parfois volontiers mais qui ne correspondent pas à l'idée que je me fais de l'amitié ET en même temps taire ma nature, être ce que j'ai toujours critiqué, ces "bas flatteurs" sans saveur, manipulateurs, présentant une certaine forme d'intelligence mais méprisables... Ou être seule, peut-être entourée d'une poignée de personnes innocentes mais sans grande saveur non plus (pour l'instant), revendiquer ce que je suis, dire ce que je pense, ne pas me taire, parler, crier... véhiculer mon modèle moral, critiquer quand il faut critiquer, me réaliser en quelque sorte...

J'hésite...
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Publié dans Société

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